Personne ne sait vraiment, mais je vais me fendre d’une énième tentative…
Il était une fois, à l’orée d’un bois gluant, sur un petit chemin inanimé, moi-même et mon double. Nous marchions sur des statues d’argiles figurant d’obèses anorexiques. Le sentier était balisé par nombres de feux follets desquels surgissaient des miroirs suppliants.
Ces suppliques résonnaient sur l’enclume qui me servait d’orbites lacrymales, elles-mêmes accrochées au portemanteau qui me servait de colonne intravertébrale. Tout était léger, le ciel grisâtre insufflait une candeur opaque à mes poumons défaits par le trop plein de blagues à tabac, qui un jour me tuerait, soyons en sûr.
La lourdeur de mes cerises oculaires occultait la vision qui soudain m’éclaira, j’étais face à face avec un minotaure, pinceaux en mains j’entreprenais de le dépeindre, malheureusement il tourna les semelles et me dit d’aller baiser mon genou à défaut d’enculer mon coude. Etrange sensation de subir l’offense d’un légume mythologique qui n’eût pour but, sa vie durant, de manger sa mère jusqu’à ce qu’elle le rende extra lucide.
La vision disparût et fît place à la réalité, m’apparurent trois petits bonshommes tout de verts dévêtus. L’un d’eux me lança une citrouille bleue au coin de mes pieds putréfiés, les deux éclatèrent, et sans maux dire, un trou béant, du ciel rougeoyant, inonda le frêle incongru que je suis, néanmoins je décidai quand même de remplacer ces lambeaux dorénavant inadéquats par deux pauvres bâtons d’anis trouvés dans un champ d’asperges au bord du chemin.
Après cet événement usité par tant d’informes étrangers ici-bas, je poursuivis ma traversée qui doit s’achever, je le prédis, vraiment n’importe où. Poursuivant mon périple péloponnésien, je feins de passer outre, mais ce sentier est tout de même étrange, il est droit et concave, en fait je m’affaisse. Il n’est pas de boue fait, mais, je ne m’en étais pas aperçu, de crabes nacrés, ou bien me trompe-je. Est-ce ce ciel irisé qui donne à ce dernier ce coloris perlé ? En fait, je ne sais pas, je suis né sans yeux, enfin pour être plus précis, je n’en ai qu’un demi, un demi iris, une demie pupille, tout en un demi. Je sais, on me l’a toujours dit, c’est une chance inouïe, j’aurais pu en avoir deux, voire trois, mais non, j’en ai un demi et cela est déjà beaucoup trop pour un seul homme ; les crabes ont disparu maintenant, pendant que j’étais dans mes pensées, ils ont été subrepticement remplacés par de la matière fécale, en marchant dessus, je les ai éclaté et tout ce qui en est sorti, c’est de la merde.
C’est idiot, car voyez-vous je n’ai rien pour me changer.
En effet j’ai malencontreusement laissé ma seconde enveloppe charnelle chez mon oncle, grand mangeur d’opium devant l’éternel, qui comme à l’accoutumée, aura oublié, n’ayant plus pour lui que son lobe pariétal, de me prévenir qu’il l’avait engloutie croyant qu’il s’agissait d’une dernière salve de drogue. Serait-ce moi qui aurais perdu l’appétit ? Je ne suis vraiment pas aidé. Tout de même, il faudrait que je me change, l’odeur putride qui entoure ma personne, commence à agir sur mon cerveau, lui-même en décomposition. Senteur qui me fait envie, plus que toute chose au monde, de croquer dans une délicieuse carotte violette, met légendaire à l’état de croquemitaine. Narrée selon le récit des premiers initiés, elle serait porteuse d’un rétrovirus dur, rendant quiconque le croquerait à pleines gencives, tel un dévot envers l’adoration d’un inconcevable illuminé ; mais je m’égare. Tout en étant dans mes réflexions je ne m’étais toujours pas aperçu que le chemin n’était plus tout à fait sous mes pieds, j’étais dans le vide, les étoiles et mon double tournant autour.